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Dimanche
24 avril 2005 a eu lieu la journée nationale de la déportation.
Une cérémonie officielle, en présence du Maire et
du Préfet de Strasbourg, est organisée place de la République,
avec dépôt de gerbe et discours en mémoire des personnes
déportées pendant la deuxième guerre mondiale. Une
journée du souvenir.
Oui mais... Certains déportés ont été
oubliés. Les personnes déportées en raison de leur
orientation sexuelle et/ou de leur expression du genre ne sont pas prises
en compte dans cette journée du souvenir... Les associations homosexuelles
et transgenre n’ont pas été autorisées à être
présentes lors de cette cérémonie officielle, afin
qu’elles puissent elles aussi déposer leur gerbe, prononcer leur
discours en mémoire des déportés au triangle rose...
C'est
à 11h30 que les associations LGBT de Strasbourg se sont réunies
Place de la République. Une gerbe du souvenir a été
déposée en présence de Mme Catherine Trautmann. Aline
Parmentier, Présidente de Festigays, est intervenue au nom de toutes
les associations en prononçant le discours repris ci-dessous.
«Nous sommes membres ou sympathisants des associations
lesbiennes, gaies, bi et trans de Strasbourg et nous prenons aujourd’hui
la parole pour tenter de tirer de l’oubli la mémoire des gays, lesbiennes,
bisexuels et transsexuels qui ont été déportés
et assassinés dans les camps de concentration nazis pour le seul
motif de leur orientation sexuelle ou de l’expression de leur genre.
Entre
1933 et 1945, les homosexuels d’Europe ont été raflés,
torturés, expulsés ou envoyés en camp par les nazis,
principalement sur le territoire du IIIe Reich, dont l’Alsace et la Moselle
occupées. De 100 000 à 150 000 homosexuels ont
été arrêtés par les nazis entre 1933 et 1945,
au titre du paragraphe 175 du Code pénal allemand ; 10 à
15 000 d’entre eux ont été déportés en
camp de concentration, où ils portaient un triangle rose, pointe
en bas. Les lesbiennes ont quant à elles été martyrisées
sous le triangle noir des "asociaux". Les deux-tiers sont morts
entre les barbelés avant la victoire des Alliés.
Pour
la première fois cette année, dans un discours qu’il a donné
à Berlin le 25 janvier 2005, le chancelier allemand Gerhard Schröder
a mentionné la déportation et l’extermination des homosexuels
sous le IIIe Reich, "une honte", selon ses termes.
Par ailleurs, Yves Lescure, le directeur de la Fondation
pour la Mémoire de la Déportation, a rappelé le 5
avril dernier que le sort général des détenu/es était
d’être traité/es en "sous-homme" et qu’il ne saurait
y avoir de nouveau des "sous-hommes", ni dans la mémoire,
ni dans l’histoire, ni aujourd’hui.
Cependant,
cette année, comme les trois années précédentes,
les membres des associations LGBT de Strasbourg ont dû attendre le
départ des drapeaux de la République et des officiels pour
avoir le droit de rendre hommage aux citoyens français qui ont été
assassinés dans les camps.
Nous prenons la parole, parce que cette
déportation spécifique a été trop longtemps
niée, minimisée ou passée sous silence et qu’elle
continue de l’être.
Nous
tenons à rapporter ici les propos tenus par Simone Veil, qui a déclaré
en janvier dernier dans la presse qu’elle avait éprouvé de
la difficulté à faire accepter et respecter son parcours
de rescapée juive après la Libération, parce qu’il
était occulté par celui des déportés résistants.
Nous pensons dans le même ordre d’idée
qu’il faut prononcer les mots "déportés homosexuels"
ou "déportation des homosexuels", pour que la plupart
des auditeurs, entendant l’expression "tous les déportés",
cessent d’entendre uniquement "déportés juifs et résistants"
par méconnaissance du sort réservé à cette
catégorie de personnes.
Nous ne vous laisserons pas mourir deux fois en laissant
le témoignage de votre martyre sombrer dans l’oubli et le déni.
Nous ne laisserons pas les jeunes générations dans l’ignorance
des souffrances que vous avez endurées.
L’homophobie institutionnalisée, c’est les
triangles roses dans les camps de concentration nazis : nous resterons
vigilants, car l’homophobie a tué par le passé et qu’elle
continue de tuer aujourd’hui.»
Le discours a été rédigé
par Stéphanie Schaetzlé, présidente de Emergence 67.
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