Dernières Nouvelles d'Alsace - Dim 13 juin 2004

« Gay pride » : ça pulse à Strasbourg

1 200 personnes selon la police, 2 500 selon les organisateurs, ont participé hier après-midi entre 14h et 18h à la troisième « Gay pride » strasbourgeoise sur les sons entraînants de la house. Avec un mot d'ordre : « liberté, égalité, visibilité... parentalité ».

Ambiance de folie, hier, dans les rues strasbourgeoises. La troisième marche de la visibilité homosexuelle, bisexuelle et transexuelle pour une égalité des droits, a enflammé le coeur de la ville dans une ambiance survoltée.
Les marcheurs rient, s'embrassent, se tiennent la main, et se laissent emporter par la musique endiablée qui bat son plein. Les bras se lèvent derrière les chars où se déhanchent les incontournables drag-queens, accompagnées d'hommes ou de femmes aux tenues ultra-sexy. Dans une décapotable, un couple de mariées brandit une pancarte, « Mais où sont nos droits ? » Strass et paillettes de rigueur, un brin de provoc' çà et là, et une bonne dose de bonne humeur : le cortège aux couleurs de l'arc-en-ciel, ouvert par la banderole « Liberté, égalité, visibilité », n'est pas passé inaperçu.

Papa, maman, et tata...

Car la fête ne doit pas faire oublier les revendications, dont une essentielle pour cette édition 2004 : la reconnaissance sociale et juridique en tant que famille, des couples qui élèvent des enfants. « Il faut donner une autorité parentale au conjoint, autoriser l'insémination artificielle à celles qui se déclarent lesbiennes et arrêter cette hypocrisie de permettre à un homme seul d'adopter un enfant, mais pas à un couple homo », précise Frantz Marisa, président du collectif organisateur Festigays. Une revendication qui n'exclut pas la volonté d'obtenir une loi contre l'homophobie et le droit au mariage, au cœur de l'actualité.
Dans le défilé, ils étaient plusieurs parents à avoir emmené leurs bambins. Comme Séverine, 23 ans, avec ses deux adorables blondinettes de 4 et 3 ans. Deux fillettes qu'elle a eues avec le frère de son amie. Pour les petites, les choses sont claires : elles ont un papa, une maman, et une tata : « On en parle beaucoup avec elles. Mon objectif, c'est qu'elles s'en sortent dans la vie. Je regrette simplement que ma copine n'ait aucun droit sur elles s'il m'arrivait quelque chose ».
Même son de cloche pour Nil, 42 ans et deux garçons d'un précédent mariage, qui file le parfait amour avec Christian depuis trois ans : « J'aimerais qu'il ait des droits, car on forme un couple », souligne-t-il, avant de préciser sa démarche : « On leur a acheté un livre parlant de notre situation, et on les a emmenés ici pour qu'ils comprennent qu'ils ne sont pas seuls ».

Divisés

Concernant le mariage gay, qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps, on sent par contre une certaine division au sein-même de la « communauté ». Pas de quoi surprendre Frantz Marisa : « Certains pensent inconsciemment qu'ils n'y ont pas droit. D'autres refusent par pure élitisme de rentrer « dans la norme ». Mais les homosexuels ont aussi le droit d'être conformistes, non ? Moi, je ne veux ni me marier, ni avoir d'enfants. Mais je veux qu'on me considère comme un citoyen à part entière ». Et Michel, 32 ans, dans l'éducation nationale de conclure : « Défiler, c'est dire que l'on s'accepte soi-même, montrer à des ados qui découvrent leur homosexualité qu'ils ne sont pas seuls, qu'on existe. Ce que l'on veut, c'est le droit à l'indifférence ».

Barbara Romero

Deux jeunes hommes ont été interpellés pour avoir lancé des canettes contre les marcheurs. Festigays va porter plainte contre eux. Une jeune fille est tombée d'un char, mais son état n'inspirait pas d'inquiétude. Enfin, la circulation du tram a été interrompue pendant environ 45 minutes.