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Communiqué de presse
Réaction de l'association FESTIGAYS à l'interview
donnée par
Mme Keller, Maire de la Ville de Strasbourg au mensuel Têtu.
Mais de quoi Mme Keller a-t-elle donc peur ?
Interrogée sur la perspective d'une gay pride à Strasbourg,
Mme Keller réagit avec " inquiétude " pour ne pas dire
avec angoisse. Mais de quoi Mme Keller a-t-elle donc peur ? D'une
paillette égarée au coin d'une rue piétonne ?
D'un bout de faux sein aperçu subrepticement ? Du début
d'un bout de fesse égaré ?
On ne saurait y croire en ces temps de préparation d'un carnaval
séculaire et bien ancré dans notre région rhénane
(quoique largement oublié dans notre ville) et à l'heure
où vient de se clore, dans l'un des musées dont Mme
Keller a la charge, une exposition de Tomi Ungerer, dont l'imaginaire
érotique et provoquant a fait les délices du public
strasbourgeois nombreux et enthousiaste. On ne saurait y croire, sinon
à diagnostiquer un cruel manque d'humour, ce que nous ne saurions
imaginer. A moins de considérer qu'un tel cocktail d'humour
et d'érotisme ne soit l'apanage exclusif des hétérosexuels
? Si Mme Keller souhaite nous faire part de ses réflexions
sur la question, nous nous en réjouissons.
D'ici là, nous considérons qu'une manifestation festive
est aussi l'occasion de faire passer des messages, d'engager des débats.
La forme ludique ne saurait faire oublier le sérieux du propos.
Unicité, universalisme et attitude républicaine
:
Que Mme Keller se déclare républicaine ne peut que nous
réjouir. Voilà au moins un point sur lequel nous la
rejoignons pleinement. Car c'est bien au nom de ces valeurs qu'un
collectif strasbourgeois s'est lancé dans l'organisation d'une
gay pride.
La République appartient à l'ensemble des citoyens qui
la composent et n'est pas l'apanage de quelques-uns. C'est donc bien
légitimement que citoyens et associations sont voués
à porter le débat sur la place publique et à
en choisir toutes les formes qui leur semblent bonnes dans le respect
de la loi.
L'interview de Mme Keller laisse l'étrange sensation d'une
méconnaissance totale des débats qui ont eu lieu récemment
dans les différents cénacles de la République
et plus largement au sein de la société française.
Car c'est bien au nom de l'universalité de ces principes fondateurs
(dont ceux des droits de l'homme) que les associations de défense
des homosexuels ont réussi à faire avancer ces débats,
obtenant au final une large acceptation par la société
française de certaines de leurs revendications. Qu'un maire
de grande ville fasse mine d'ignorer un tel débat est pour
le moins étonnant.
Le communautarisme n'a jamais été l'apanage des mouvements
homosexuels français ni même européens, car c'est
bien l'égalité des droits et l'application de ces droits
qui a toujours été revendiquée.
Porter une accusation de communautarisme, c'est vouloir entrer dans
ce débat par une porte que les uns n'ont jamais ouverte et
que les autres ont refermée depuis bien longtemps.
En revanche l'amalgame, même sous-entendu, entre pédophilie
et homosexualité est proprement insultant et insupportable.
( " Il faut protéger les enfants ". Mais de qui, de quoi ?
C'est par manque de précision que l'on récolte des réactions
d'incompréhension).
Strasbourg, capitale des droits de l'Homme :
Au premier rang de nos principes fondateurs figurent ceux des droits
de l'Homme, dont notre ville s'enorgueillit régulièrement
d'être la capitale.
C'est d'ailleurs bien au nom de sa mission de défense de ces
droits fondamentaux que M. le Secrétaire général
du Conseil de l'Europe a accordé son haut patronage à
un colloque ayant pour thème la visibilité homosexuelle
tenu et organisé à Strasbourg par une association de
lesbiennes.
Or, nul n'ignore qu'il reste beaucoup de travail à faire au
niveau international. L'actualité nous le rappelait encore
cruellement il y a peu lorsque l'on décapite des homosexuels
en Arabie saoudite ou qu'on les utilise comme de commodes boucs émissaires
en Egypte. Strasbourg, ville internationale, peut-elle l'ignorer ?
Nous répondons non et la tenue d'une gay pride est aussi l'occasion
de le rappeler.
Quelques provocations bon enfant peuvent-elles être portées
au débat au même niveau que ces décapitations
et autres tortures ?
Mme Keller semble le penser et ce n'est semble-t-il pas une première.
Ne déclarait-elle pas dans les Dernières Nouvelles d'Alsace
du mardi 15 mai 2001 à l'occasion de la tenue à Strasbourg
du premier Congrès mondial contre la peine de mort " craindre
des manifestations anti-américaines ". De bien curieuses et
hâtives réponses à des préoccupations fondamentales
et largement partagées.
Sexualité et contexte social :
Tout au long de cette interview Mme Keller s'efforce de nier tout
intérêt à la sexualité dans le champ social,
se bornant à la réduire à une activité
humaine relevant du strict domaine de l'intimité. Nous ne pouvons
que manifester notre désaccord face à de tels arguments.
Considérons pour cela sa propre situation de femme, maire d'une
grande ville de France. En effet, si les femmes se succèdent
aujourd'hui à la tête de la municipalité strasbourgeoise,
et nous nous en réjouissons, sans que cela ne soulève
de débat particulier, c'est bien parce que dans les années
70 les féministes, partant d'un long militantisme centré
sur la vie sexuelle des femmes, ont soulevé un débat
de fond dans notre société qui a conduit à un
profond bouleversement social. L'attitude des lesbiennes, mais aussi
des gays, ne peut être que de l'ordre d'une profonde reconnaissance
à l'endroit de ces pionnières.
Contre-vérités et proximité :
Lorsque Mme Keller affirme que les homosexuels ne rencontrent " pas
de difficultés particulières " dans leur vie quotidienne,
il s'agit d'une contre-vérité qui fait bien peu de cas
de la parole des personnes concernées. Si la vie de ces citoyens
s'est considérablement améliorée en France au
cours des quinze dernières années, il reste beaucoup
de chemin à parcourir en matière de violence et de discrimination.
On lit en préambule de l'interview donnée à Têtu
que Mme Keller s'est présentée au journaliste armée
de " fiches préparées par un conseiller " et flanquée
de l'un de " ses proches conseillers ".
La démarche peut sembler étonnante après tant
de souhaits, sans cesse répétés, depuis la campagne
municipale, de proximité et d'écoute des habitants par
les élus.
Oui Mme Keller, les gays et les lesbiennes sont aussi vos administrés
et ils ont droit à la même part d'écoute de votre
part que n'importe quel autre de nos concitoyens ! Cela ne semble
pas encore être le cas puisque vous n'avez pour l'instant pas
rencontré les associations concernées.
Ce n'est donc pas dans votre bureau de la place de l'Etoile que nous
vous attendons, mais fidèle à la notion de proximité
qui vous est chère, sur le terrain où des associations
tentent d'agir chaque jour contre les discriminations et les violences
que subissent vos concitoyens. Vous y êtes la bienvenue.
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