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L'interview de Fabienne Keller dans Têtu
L'agenda de TETU N°15 - Février 2002 - page
10
Il aura fallu des mois de "forcing" pour rencontrer Fabienne Keller,
maire UDF de Strasbourg depuis mars 2001. Opposée à
l'homoparentalité, elle voit d'un mauvais œil l'organisation
d'une Gay Pride dans sa ville.
Propos recueillis par Christian Nicolas
En mars 2001; lors des dernières municipales, Fabienne Keller
(UDF) a créé la surprise en battant la socialiste Catherine
Trautmann, qui était maire de Strasbourg depuis près
de douze ans. Une victoire qu'elle a obtenue de justesse, en s'alliant
au RPR Robert Grossmann, désormais premier adjoint de la ville
et président de la communauté urbaine de Strasbourg.
Lieutenant de vaisseau de réserve - elle a effectué
son service militaire dans les renseignements de la Marine Nationale
-, Fabienne Keller préfère la discipline des défilés
militaires à l'exubérance des manifestations homosexuelles.
En effet, elle garde un mauvais souvenir de la Gay Pride de San Francisco
- à laquelle elle a assité alors qu'elle était
étudiante aux États-Unis -, beaucoup trop "choquante"
à ses yeux. Après neuf mois d'attente, cette polytechnicienne
de 43 ans nous a finalement reçus, avec sous le coude des fiches
préparées par l'un de ses proches conseillers, présent
lors de l'entrevue. Si, dans l'interview qu'elle nous avait accordée
à l'occasion des municipales (lire l'agenda de Têtu n°5),
Catherine Trautmann s'était révélée plutôt
gay friendly - elle se déclarait favorable à la signature
du PaCS en mairie et disait "oui" au mariage homo -, il n'en va pas
de même pour Fabienne Keller, qui affiche des positions diamétralement
opposées. Dans une ville où la communauté homosexuelle
peine à trouver ses marques, la nouvelle municipalité
ne sera pas du côté des gays et des lesbiennes.
Têtu : Vous rencontrer n'a pas été facile.
Vous sembliez réticente à l'idée de vous exprimer
dans un média gay…
Fabienne Keller : J'ai une vision un peu duale sur la question. D'un
côté, les gens sont libres d'avoir la vie sexuelle qu'ils
souhaitent en privé, dès lors qu'elle préserve
les enfants. En revanche, je suis un peu plus réticente sur
tout ce qui concerne l'affirmation et la démonstration de pratiques
sexuelles. Les choix personnels de chacun ne doivent pas être
affichés comme une bannière. Têtu est présenté
avant tout comme le magazine des gays et des lesbiennes. J'ai perçu
dans les quelques articles que j'y ai lus l'affirmation forte d'une
identité liée à une pratique sexuelle. C'est
là que je ne suis pas d'accord : un être humain ne se
limite pas à cela. De là ma réserve.
Vous ne semblez pas non plus prête à dialoguer avec
les associations homosexuelles strasbourgeoises…
Les associations totalement repliées sur une dimension communautaire
et qui ont une démarche identitaire ne sont pas intéressantes
pour la ville. Si elles entrent dans un démarche d'intégration,
pourquoi pas. Si c'est pour affirmer une différence, c'est
moins intéressant.
L'idée même de communauté vous gêne,
en particulier quand il s'agit d'homosexuels. Pourquoi ?
La revendication communautaire est un dérive dangereuse car
elle vise, à la longue, à considérer que la société
n'est plus composée de citoyens égaux mais d'une juxtaposition
de communautés hétérogènes. Dans l'affirmation
d'une identité exclusive - gay, juif, chrétien, musulman,
corse, etc.-, il y a quelque chose de très réducteur
quant à la complexité de l'être humain. Par-dessus
tout, nous sommes des citoyens égaux devant la loi, quelles
que soient nos différences sexuelles, culturelles ou religieuses.
Robert Grossmann et moi-même avons une démarche profondément
républicaine. Être défini par son orientation
sexuelle est insupportable. Il est d'ailleurs irritant de voir aujourd'hui
des artistes comme Proust, Gide, Genet, Cocteau ou Yourcenar définis
par leur sexualité. Ce qui fait de ces écrivains de
grands écrivains, ce n'est pas leur homosexualité.
Strasbourg Magazine, organe de presse municipal, ne diffuserait
plus les infos émanant des associations homos. Qu'en est-il
?
Tout dépendra de la démarche de ces associations. S'il
s'agit d'une action de repli sur soi, ça n'intéressera
pas trop les Strasbourgeois.
Pour la première fois, une Gay Pride pourrait avoir lieu
à Strasbourg en juin prochain. Comment réagissez-vous
à ce projet ?
Avec inquiétude. Et il ne faut pas exclure le fait que la population
qui ne se reconnaît pas dans la Gay Pride puisse elle aussi
être inquiète. Dans les Gay Pride que j'ai vues, notamment
à San Francisco, il y avait des choses choquantes, excessives.
Ce qu'on nous montre dans ces manifestations appartient à la
vie privée, un domaine à respecter. Il faut être
extrêmement vigilant. Franchement, à titre personnel,
je ne pense pas que cela facilite l'intégration des homosexuels
dans la société. Cette affirmation très forte,
presque violente, est une manière de se différencier
des autres et de s'en écarter. Ce n'est pas la bonne méthode
pour s'intégrer.
Mais la Gay Pride ne permet-elle pas de faire passer des messages
politiques, comme la lutte contre l'homophobie ?
Non, franchement. On vit dans une démocratie où les
libertés individuelles sont défendues et respectées.
La liberté de vivre sa sexualité est assurée
en France pour tous les citoyens majeurs. Je ne pense pas que l'on
puisse dire que les homosexuels rencontrent des difficultés
particulières à cet égard. En revanche, les questions
d'affichage et de démonstration relèvent de la société
dans son ensemble. C'est sur ce point qu'il faut protéger les
enfants et les gens qui ne veulent pas voir certaines choses.
Ne pourriez-vous pas considérer plus simplement la Gay
Pride comme une manifestation culturelle ?
Oui, mais seulement si elle respecte certaines règles de morale,
d'éthique et de déontologie. On verra, mais je serai
très vigilante.
Auriez-vous voté pour ou contre le PaCS ?
C'est devenu un enjeu politicien pour ou contre l'homosexualité
déclarée. Je ne trouve pas ça bien. Qui plus
est, ceux qui étaient favorables au PaCS en ont profité
pour en faire un débat sur l'homoparentalité. Sur ce
point encore, je ne suis pas du tout d'accord avec les partisans de
l'adoption d'enfants par des couples homosexuels : un enfant a besoin
d'un père et d'une mère. C'est ainsi depuis la nuit
des temps. C'est un élément fondateur et structurant
de notre société. Il faut redonner sa place à
la famille, qui est aujourd'hui en décomposition. Je vois un
véritable obstacle à ce qu'un enfant soit confié
à des homosexuels.
Etes-vous favorable au mariage pour les homosexuels ?
Pourquoi les homosexuels veulent-ils à ce point calquer le
modèle hétérosexuel ? Ils veulent vivre entre
hommes ou entre femmes, pouvoir se marier et avoir des enfants. En
fait, ils refusent de faire des choix et d'en assumer les conséquences.
Ne s'agit-il pas plutôt de donner à tous les mêmes
droits ?
Certes, mais, quand on légifère, on a une responsabilité
sur la société dans son nsemble. Et la socité,
elle, a besoin de repères. Elle a besoin de familles structurées
qui élèvent des enfants. Il existe des éléments
fondateurs, des principes qui ne doivent pas être transgressés.
L'interdiction de l'inceste est l'un de ces principes. L'autre est
qu'un enfant est le fruit d'un couple hétérosexuel.
C'est comme ça, et il doit être élevé ainsi.
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